Le sujet Motivations a été lancé par Henri A qui se proposait d’éclaircir les raisons de l’adhésion à la seconde partie de la déclaration FreeWOmen.

Henri A :
Maintenant si je rajoute «et à d'autres, guerres, pauvreté, etc.. » :
Quel est le rapport avec le problème climatique ? Je veux dire par là que ce n’est plus obligatoirement un choix logique, mais un choix en quelque sorte « moral » peut-être…La question que je pose est, quel genre de choix vous pousse à adhérer aux deux règles, tel qu'elles sont écrites intégralement ?

Je suis très heureuse de voir ce genre de débat sur un forum public.
Comme la discussion Motivation (I) commence à atteindre les 6 pages, j'en ai réalisé une synthèse ou plutôt une digestion, en ne gardant que les parties qui me semblaient les plus significatives. Je m'excuse par avance si j'ai dénaturé quelques unes de vos pensées, tout lecteur est forcément partial.

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Réponses à cette Discussion

pas grand chose à dire non plus ...

si ce n'est :

"faire prendre conscience" ... pas de l'urgence écologique, non... ni même de la situation globale plus que limite ... je suis d'accord avec vous "Ils" savent déjà. Non, mon taf, ce serait plutôt de faire prendre conscience qu'on peut encore "choisir", être "acteurs". Sans doute de la façon dont Casa parle... oui.

Je m'adresse donc plutôt aux 1% en question, en cherchant entre autres à les connecter, effectivement. (travail coopératif et autres....).

En revanche, je n'aime pas bien "résistance", ni toute la sphère du vocabulaire révolutionnaire.... j'en ai déjà parlé dans une précédente vie.... ça résonne comme un glas pour moi. Question de vécu me direz-vous... sans doute. Je pense qu'on peut inventer mieux et mieux encore ... sans être pour autant moins motivés ou robustes.

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Ah, et aussi: je suis d'accord avec ton évaluation du nombre de résistants en 39-45, en revanche pas du tout pour la Révolution de 1789. La mobilisation populaire était massive (même si probablement pas majoritaire), ce qui arrive à chaque fois qu'on réunit les deux facteurs suivants:

1. Le pouvoir politique est en pleine décadence.

2. Les frigos sont vides.

Or, la situation actuelle ressemble de plus en plus à ça. Révolution il risque donc d'y avoir, qu'on le veuille ou non, mais une Révolution qui ne se sentira pas forcément concernée par les problèmes écologiques.

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@ Tristram

Je ne pense pas que changer de banque pour la Nef par exemple soit "sortir du système" : c'est plutôt grossir l'un des flux du système.

Si l'on considère "le système" comme un ensemble de flux qui empruntent des voies plus ou moins différentes, de tailles (ou débit) différentes mais qui ont des interconnexions plus ou moins serrées, plus ou moins distendues, je pense que l'on a une bonne description.

Car un affilié à la NEF, s'il est hors du flux majoritaire du point de vue financier, utilisera le métro, les voies de circulations ou un certain nombre de services... qui, à de nombreux points de vue, appartiennent au flux principal.

Je considère qu'à moins d'une remise à plat complète (qui serait du type catastrophe par les conséquences à court et moyen terme, ta voie révolutionnaire par exemple) il n'y aura jamais, au delà d'une échelle groupusculaire, de véritable "sortie du système" avec coupure totale de toutes les connexions.

Le raisonnement en termes de flux me semble intéressant car il permet d'imaginer des détournements, des régulations différentes, des jeux sur les débits de chaque flux mais en conservant la raison d'être des flux : en gros "que chacun mange à sa faim, puisse se loger, se vêtir...etc..." ce qui ne serait probablement pas assuré en cas de rupture brutale (révolution, catastrophe...).

L'action sur les flux peut être multiple, avec des aspects "révolutionnaires" sur un bras d'un flux donné, des jeux politiques ailleurs, des leviers économiques dans certains cas, des luttes sociales...

De la part d'une population décidée cela porterait et serait probablement très efficace car un ensemble d'actions très largement répétées mais a priori sans grands liens les unes par rapport aux autres, mais dans le fond très cohérentes entre elles, cela fait irrésistiblement penser à de la guérilla.

Un "ennemi" insaisissable, que l'on a donc beaucoup de mal à atteindre.

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@ Iza

oui, je suis assez en phase avec tes "réserves".
J'utilise abusivement les mots (et parallèles avec) "la résistance" et "la révolution" française.

c'est uniquement pour aller plus vite (trop vite ?), parce qu'on a peu de mots et peu de temps. C'est l'intensité des périodes en question et des choix individuels qu'elles impliquent qui m'intéressent. Pour ça que je les prends souvent en référence.
Mais ce ne sont pas des "objectifs", des buts.

Nous sommes dans une situation unique et il va évidemment falloir innover.
D'où ce projet de "nouveau pays", dans lequel nous pourrons tester, mettre en application et développer nos idées.
Je crois que, après le 20eme siècle, nous avons maintenant le devoir de ne pas imposer nos points de vue aux autres, fusse par la voie dite "démocratique".
Donc pas de "prise de pouvoir" pour ma part, pas non plus de "renversement du pouvoir en place", mais simplement (simplement...) la construction d'autre chose, à côté.
Pour les banques, la politique, pour tout, libre à ceux qui veulent fabriquer des armes et subventionner un modèle destructeur de le faire (tant qu'ils ne touchent qu'à ce qui leur appartient... donc peut-être ni la terre, ni l'air, ni l'eau, ni l'autre, ni le vivant, ni le savoir...).
Libre aussi aux autres de faire autrement.
Cette seconde liberté est en construction.
Et va nécessiter, je crois, un (des) nouveau(x) pays.

Maintenant, la "résistance" (au sens "opposition aux pouvoirs en place") est mine de rien et malheureusement nécessaire.
Nous ne pouvons pas les laisser disséminer des OGMs, des déchets toxiques, etc. partout sans intervenir.
Nous ne pouvons les laisser détruire les forêts primaires, anéantir la biodiversité, expulser des gens, enfermer des gosses, s'accaparer le savoir et le vivant, bombarder des populations et réduire toujours plus la liberté d'expression sans broncher.
Pour tout ça et beaucoup d'autre chose, la résistance me semble malheureusement indispensable.
Ce n'est simplement pas le but.

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Mais peut-être auriez vous tous raison ?
Ce qui nous arrive à la figure est tellement vaste, diversifié, transversal dans tout les sens qu'une réponse unique me parait peu envisageable d'efficacité.
Non, la multitude des réponses, même celles intermédiaires, même les plus extrêmes, en les combinant, ne serait-elle pas plus à même de faire face ?
A ceux que les mots "résistance" "révolution" "guérilla" "désobéissance" gênent, et je comprends leur réticence, nous en sommes à un point tel que les arguments "pacifiques" et "non-violents" ne pèsent plus grand chose devant le cynisme et la corruption. Les cercles de silence n'empêcheront aucune expulsion d'étranger (1 ou 2 sur des centaines au mieux).

Par contre, je crois qu'il nous reste encore quelques mois, une année au mieux, avant d'en arriver à cette phase plus "musclée". Mettre à profit ce répit pour "organiser l'essentiel" autant que nous pourrons.

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Casa, tu dis "nous avons maintenant le devoir de ne pas imposer nos points de vue aux autres", et plus loin "Nous ne pouvons pas les laisser disséminer des OGMs, des déchets toxiques, etc. partout sans intervenir".

Et en fait, ces deux phrases me semblent contradictoires.

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JCM > Quand je parlais de sortir du système je pensais plus aux trips des décroissants radicaux qu'à la NEF. Mais si on parle de la NEF (que par ailleurs je trouve être un truc génial), ma remarque est d'autant plus valable.

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@ Tristram

Soyons réalistes : les "décroissants radicaux" vont "décroître" dans leur coin, ce sera un phénomène groupusculaire qui durera ici ou là quelques années comme certaines communautés post soixante-huitardes et ce sera sans aucune influence notable sur "le système".

Pour que "la décroissance" devienne une option volontairement choisie par une proportion significative de la population (cad que l'action de cette part de la population produise une évolution significative "du système") il faut que cette décroissance présente des avantages indubitables, des attraits qui la feront préférer à toute autre solution.

Et c'est bien là que le bât blesse : la décroissance séduit peu de monde...

Et j'en reviens à me dire : aucune théorie de la décroissance ne démontrant aux yeux de tous que la société pourrait fonctionner correctement en présentant plus d'avantages que le système actuel, si une décroissance est indispensable il faut l'amener de façon différente que par l'adhésion d'une majorité.

Cela pourrait se faire (pour qui en aurait les moyens) de façon très autoritaire et je ne le souhaite pas.

Cela devra donc se faire par d'autres voies, autant que possible avec un large accord.

Cela suppose d'agir par petites touches, d'utiliser des outils appropriés (du type du PIB+, capable d'entraîner des constats point par point et globaux susceptibles d'entraîner des réactions intéressantes) et de travailler de façon telle que le cumul de suffisamment d'actions sur une multitude de flux parvienne à créer un flux principal différent de celui d'aujourd'hui.

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A Casa :

Je sais bien que c'est un raccourci, et je suis d'accord avec ce que tu as écrit plus loin. J'aime juste souligner ces raccourcis parce que je trouve que l'implicite nous handicape (nous tue même) souvent. Enfin bref, je suis ok avec Henri quand il parle de précision, ça me parait plus que jamais fondamental.

Parce que le raccourci, la généralisation, la manipulation à bases de symboles aussi fins que des buildings, c'est justement la méthode de ceux ... dont nous adorerions neutraliser la faculté de nuire. Et que, être en cohérence avec nos objectifs, c'est aussi ça, c'est aussi ré-inventer, utiliser une méthode, une façon de communiquer en accord avec nos valeurs (si tant est que nous les partagions, ce que nous essayons de faire ici) .

Jeffe dit : "et peut être aurions nous tous raison" ?? j'aime assez penser effectivement qu'il y a dans cette "méthode" dont je parle, et qui pourrait être la notre, quelque chose de ça, de cette faculté à ne pas exclure, ne pas voir tout en blanc et noir, .... une stagiaire m'a dit la semaine dernière "passer de la logique du "ou" et du "car" à la logique du "et""", je trouve ça assez juste, moderne, salutaire.

Dans le même esprit, quand je parle de réticence à employer "resistance" ou "revolution", ça ne me place pas pour autant dans le camp des "pacifistes" et "non violents". je suis parfaitement capable de m'opposer, voire violemment.

Parmi ce qui me gène, il y a les bannières, les "causes", les "suivez mon panache sanglant" et autres.... parmi ce qui me gène, il y a les arguments censés légitimer la violence, (ce n'est pas le sujet là, mais je complète) et enfin la cagoule, la clandestinité. Je viens d'un pays qui a expérimenté, en France et dans les 30 dernières années, un peu tout ça. Je suis d'une génération qui s'est engagée, et qui a payé le prix fort. Celui du sang a été lourd, comme vous ne l'imaginez (vous qui ne savez pas, qui savez de loin) jamais correctement. Mais le pire est encore l'amertume, la responsabilité... J'ai été moi, de ceux qui pensaient qu'une certaine violence était nécessaire, qu'il fallait "lutter" etc.... j'ai crié "liberta" comme les autres... et bien de ceux qui étaient "en face" étaient de vrais salauds. Mais je ne leur en veux pas autant que ceux qui se cachaient parmi nous, que ceux que nous avons fabriqué sans le savoir....

Et il va falloir vivre avec ça, ici nous tous, avec toute la haine que nous avons déchainé, elle pèse chaque jour.

Franchement, la lutte était légitime, mais les moyens .... ne sont pas anodins. C'est une chose de de le poser théoriquement, c'est en une autre que de le vivre. "l'experience", là aussi, n'a rien à voir.

"c'est plus possible" est trop court, ne suffit pas.

Donc pour les chantiers à venir, je préfère, euh.... être prudente, très prudente.

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@ Iza

Oui, ne jamais déclencher de haines (et veiller à ce qu'il ne s'en développe pas) au nom du "bien" que cela permettrait d'obtenir, un jour peut-être...

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Mais au final, ne sommes nous pas tous que des humains avec cette imperfection que les caractérise.
"Il sera toujours possible de faire mieux".
Que ceux qui prononceront ces mot se lèvent et prennent la pelle.
La quête de la perfection est une affaire personnelle, non collective. Pour ma part.
Et de deux étendards, moi je choisirais toujours celui le plus porteur de promesses et d'espoirs. Quitte à devoir me torcher dedans.
Faisons de notre mieux, faisons notre part. Il appartient à chacun de connaitre combien et jusqu'où il peut porter.
L'avenir de cette planète ne nous appartient pas. Nous FreeWOmen. Juste un long labeur de fourmis.
Et si nous ne sommes pas prêt à perdre, nous ne gagneront jamais.

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JCM > Euh, oui, certes, et alors ? Relis-moi, ma phrase commençait par "même si". Je faisais un énoncé volontairement exagéré pour dire que "même si" cet évènement absurde se produisait ça ne résoudrait pas nos problèmes pour autant.

Iza > Sans jamais avoir vécu le centième de ton expérience, j'ai l'impression d'avoir toujours su tout ça, instinctivement. Il n'empêche que... les questions que nous nous posons sont celles que se sont posées tous les gens qui sont persuadés d'avoir raison tout en ayant conscience d'être minoritaires, et que l'équation est difficile à résoudre.

Ma position de principes aurait tendance à être "pas d'extrémisme, pas de violence", même les manifestations me semblent être un outil dangereux à réserver aux "grandes occasions". Mais précisément parce que je rejette l'extrémisme, il me semble important de dialoguer avec tout le monde, y compris les "pseudo-révolutionnaires" (on n'a pas de vrais révolutionnaires en France...), ce qui implique de ne pas rejeter d'emblée les solutions qu'ils proposent. Et ceci d'autant plus que mes propres réponses à ces questions, plus politiques, ne semblent pas provoquer une franche adhésion, ce que je peux d'ailleurs tout à fait comprendre.

La question étant: "une fois rejetées les solutions politique et révolutionnaire, que reste t-il ?". Et ce que je constate, c'est qu'il reste des centaines d'initiatives, toutes enthousiasmantes, qui toutes méritent et necessitent notre soutien, mais que même si toutes les personnes susceptibles de faire un effort sur ces questions se donnaient à 100%, qu'elles consacraient la totalité de leur temps libre et de leur énergie à ces initiatives, cela ne resterait qu'une piqure de moustique pour la machine de guerre que nous avons en face de nous.

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